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Anjouan

 

ANJOUAN : S’APPUYER SUR UNE DEMARCHE PARTICIPATIVE

 

UNE ILE DE L’OCEAN INDIEN

Anjouan est une des îles des Comores situées entre Madagascar et le continent africain. Les Comores sont une république fédérale de 2170 km², qui compte 706.000 habitants (250.000 à Anjouan). La croissance démographique des îles est de 2,9 %. Le taux d’analphabétisme est de 33,5 % chez les hommes et 47,2 % chez les femmes. Les principales productions sont l’ylang-ylang (arbre dont les extraits de fleurs sont utilisés en parfumerie) et la vanille.

Si on la compare aux autres îles des Comores (Mayotte, Grande Comore et Mohéli), la population d’Anjouan est majoritairement pauvre. L’île manque d’infrastructures. Les principales activités y sont la pêche et l’agriculture : culture de la vanille, de l’ylang-ylang, des clous de girofle et du coprah. Pour l’alimentation locale, on cultive les bananiers, le manioc, les patates douces et d’autres légumes. Les habitants consomment également du riz, mais celui-ci est importé.  

Paysage au sud de l'île d'Anjouan. Photo : B. Théau.

 

L’AUGMENTATION DES RENDEMENTS AGRICOLES S’ACCOMPAGNE D’UNE ACTION DE PRESERVATION DE L’ENVIRONNEMENT

Les familles disposent généralement d’une parcelle de terre d’une faible superficie (de l’ordre de quelques centaines de m²) et il n’y a plus d’espace disponible à mettre en valeur. De plus, dans le Niumakélé au Sud de l’île d’Anjouan, la population exploite des terres en moyenne altitude ; les terrains sont très accidentés. Il s’ensuit une érosion qui peut entraîner des effets irréversibles sur la fertilité des terres. Aussi, dans le cadre de plusieurs programmes de développement agricole, les exploitants ont mis au point des techniques de culture anti-érosive. Certains agriculteurs ont même choisi l’agroforesterie, c’est-à-dire la culture de produits vivriers, les plantations d’arbres et l’élevage sur un même terrain. Cette association s’est révélée tout à fait intéressante tant sur le plan des rendements agricoles que sur celui de la préservation de l’environnement. La plupart des familles ont fait l’acquisition d’une ou deux vaches qui sont nourries sur la parcelle suivante la technique de la « vache au piquet ». Les bêtes sont attachées à un piquet qui est déplacé de temps en temps. On lui apporte des compléments d’herbe et autres déchets végétaux. La terre dispose d’un apport en fumier. Les vaches procurent un peu de lait qui procure un revenu monétaire non négligeable. Une laiterie est en cours d’installation.

Pour faire face à leurs difficultés, les agriculteurs s’entraident au moment des gros travaux et, de plus en plus, ils se constituent en groupements, puis en associations. L’objectif est utiliser au mieux les ressources disponibles tout en préservant l’environnement.

 

LA MAITRISE DES RESSOURCES EN EAU

Une autre préoccupation des habitants est l’approvisionnement en eau. Les femmes doivent encore effectuer de longs trajets pour aller chercher de l’eau. Les villageois, avec l’aide de l’association Initiative Développement (ONG française dont le siège social est à Poitiers), ont aménagé des petites infrastructures pour capter l’eau et la diriger jusqu’aux habitations afin d’en faciliter l’accès. La contribution de la population pour l’ensemble de la construction (captage, pose des adductions…) et la contribution financière de chacun assurent la pérennité de tels ouvrages. Des comités se sont constitués, dont le rôle est de collecter les cotisations et de gérer les fonds.

Pose des tuyaux pour l'adduction d'eau d'un village. Photo : B. Théau.

 

UNE BANQUE POUR LES PAUVRES

Plus récemment enfin, les habitants ont pris en charge la gestion de banques villageoise. En effet, les besoins en crédit pour créer développer de nouvelles activités économiques ou bien tout simplement pour faire face à des besoins urgents (école, santé, etc.) étaient considérables, et il était impossible aux habitants qui ne disposent d’aucune garantie d’obtenir des prêts de la part des banques traditionnelles. Aussi des Anjouanais ont-ils décidé la création d’associations de crédit et d’épargne, les sanduks. Ces sanduks permettent à leurs membres de faire des placements et d’accéder au crédit. Depuis quelques années, ces banques villageoises ont contribué au développement économique dans les villages de l’île. En moyenne près du quart des habitants d’un village adhère à un sanduk. La gestion du sanduk repose sur un bureau et un comité de gestion élus. Les taux de remboursement sont très élevés. 95 % des prêts sont remboursés à échéance et 98 % trois mois après leur échéance. Il existe un système d’assurance qui permet aux débiteurs de faire face à leurs échéances en cas de difficulté majeure (problème de santé par exemple). A Anjouan, 16.000 personnes bénéficient des services des sanduks ; un tiers des membres disposent d’un crédit en cours.  

Réunion du comité de gestion d'un sanduk. Photo : B. Théau.

Ces initiatives lancées dans les villages d’Anjouan s’avèrent efficaces car elles prennent appui sur les besoins prioritaires de la population. De plus, les villageois sont fortement associés à la réalisation des projets et à leur fonctionnement. Cette démarche participative est garante de la pérennité des projets.

 

Pour poursuivre la réflexion :

Ouvrage :

- Les Comores aujourd'hui, Jean-Claude Klotchkoff, Eds du Jaguar, 240 pages, 1995.

Documentaire vidéo :

« Anjouan : pour un développement communautaire », 26 minutes, Benoît Théau et Christian Auxéméry, 2002.  

 

     

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Dernière modification : 25 octobre 2010.