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CURITIBA, LA VILLE ECOLOGIQUE
Un
programme de développement urbain innovant Curitiba,
ville brésilienne de 1.500.000 habitants, est la capitale de l’Etat du Parana.
Depuis une trentaine d’années, la municipalité de Curitiba a engagé un
projet de développement dont certains aspects ont été présentés comme des
exemples à travers le monde entier. Les principaux axes d’innovation sont :
la politique de transports, la gestion des déchets, les actions en faveur de
l’emploi, l’amélioration du cadre de vie, l’action sociale, la formation
des acteurs. La
population de Curitiba s’est fortement accrue : elle a été multipliée
par trois en l’espace de 25 ans. La
préoccupation des initiateurs du projet, sous l’impulsion du maire de la
ville Jaime Lerner, a été d’associer croissance économique, développement
social et protection de l’environnement. C’est-à-dire définir des actions
dans l’esprit d’un développement durable.
Priorité
aux transports publics Le
premier axe du programme a été celui des transports urbains :
l’objectif était de développer l’utilisation des transports en commun afin
d’améliorer la circulation dans la ville. Le
réseau d’autobus se présente comme une toile d’araignée composée de cinq
grands axes de circulation réservés exclusivement aux autobus, d’une
longueur totale de 80 kilomètres. Chacun des axes comporte un terminal d’où
partent des lignes transversales, qui relient les quartiers de la ville. A cette
configuration générale sont greffées des lignes qui relient les quartiers
centraux à la périphérie. Plusieurs
facteurs ont contribué à rendre l’emprunt du bus particulièrement
attrayant. D’abord, l’implantation de commerces et de services publics à
proximité de chaque terminal, dans ce que l’on appelle les rues de la
citoyenneté. Les promoteurs du projet ont aussi veillé à la qualité du
service pour les utilisateurs : des abribus élégants, où l’on se
procure le ticket (cela réduit le temps d’attente du bus). Le prix du ticket
couvre l’ensemble des coûts, à l’exception des infrastructures, que la
municipalité prend en charge.
80 kilomètres de voies de circulation sont réservés exclusivement aux bus. Photo : B. Théau. Bilan
de ce programme ? Un fort accroissement du nombre d’utilisateurs des
autobus : 1,2 voyage par jour et par habitant, contre 0,7 auparavant.
Cependant, le trafic automobile s’étant fortement développé, la circulation
des autobus est maintenant ralentie. Des solutions sont recherchées pour améliorer
la vitesse de déplacement des autobus et inciter un plus grand nombre
d’habitants à utiliser les transports publics. « Des
déchets qui ne sont pas des déchets » Deuxième
axe du projet : la collecte des déchets. Le ramassage (sélectif) des déchets
existe dans le centre de Curitiba. En revanche, les camions de ramassage ne
peuvent circuler dans les voies étroites et accidentées des bidonvilles. Pour
pallier cette difficulté, la municipalité a eu une idée originale : échanger
les déchets contre de la nourriture. Les habitants des bidonvilles collectent
des déchets recyclables ; en échange d’un kilo de déchets rassemblés,
les gens reçoivent un kilo de nourriture. Ces quartiers de la ville y gagnent
en hygiène, et leurs habitants disposent d’un appoint alimentaire non négligeable,
tout en n’étant pas considérés comme des assistés. Autre avantage :
cette nourriture provient de surplus agricoles de petits paysans, qui trouvent
ainsi un nouveau débouché à leur production. Les déchets collectés sont triés
et valorisés dans des centres spécialisés qui embauchent des personnes en
difficulté.
Tri des déchets recyclables collectés. Photo : B. Théau.
Le
succès de cette opération repose en partie sur une campagne de communication
lancée par la municipalité sous le titre : « des déchets qui ne
sont pas des déchets ». Une
action en faveur de l’emploi et de l’aménagement du territoire Enfin,
troisième grand axe d’action : la Ligne pour l’emploi. La
municipalité de Curitiba a voulu fournir des moyens financiers et des
infrastructures aux personnes voulant créer leur entreprise. Aussi a-t-elle
construit des routes, des écoles, des dispensaires et des centres de loisirs
dans des quartiers périphériques de la ville. Elle a aussi créé des hangars
de l’entrepreneur, où des créateurs d’entreprise bénéficient
de la mise à disposition d’un local et d’une aide pour apprendre à mieux gérer
leur activité. Les futurs entrepreneurs ont deux ans pour « faire leurs
preuves ». Par ailleurs, ont été créé des villages de l’emploi
qui rassemblent quinze à vingt constructions. Au rez-de-chaussée on trouve de
petits commerces, l’étage, un logement. Lorsque leurs occupants ont fait la
preuve que leur activité est rentable, il leur est possible d’acquérir leur
commerce-logement grâce à un prêt qui leur est accordé. Le projet la ligne
pour l’emploi comporte aussi un volet formation. Limites
de l’expérience La
Ville a engagé des actions dans d’autres domaines : mesures en faveur de
l’insertion des exclus, développement des espaces verts, création de rues piétonnes,
aménagements de Phares du savoir pour faciliter l’accès de la culture
au plus grand nombre. Par ailleurs, pour contribuer à la formation continue de
différents publics, la municipalité a créé l’Université libre de
l’Environnement. L’objectif visé est de diffuser les connaissances et les
pratiques environnementales et faciliter des comportements plus respectueux de
l’environnement. Certes,
malgré tous ces efforts, les champs à explorer restent vastes, et tout ce qui
a été entrepris n’est pas exempt de critiques. En particulier, il est
souvent reproché à cette expérience le manque de consultation de l’ensemble
de la population, l’insuffisance de l’implication des citoyens dans l’élaboration
même des programmes, à l’instar de ce qui mené par exemple à Porto Alegre,
dans l’Etat voisin de Rio Grande do Sul, dans le cadre du « budget
participatif ». Il n’en reste pas moins vrai que les actions engagées
à Curitiba peuvent aider les autres villes d’Amérique latine, mais aussi des
villes européennes, à dégager des pistes d’actions pour contribuer à un développement
plus durable. Pour poursuivre la réflexion : Site
Internet : Documentaire vidéo : « Le défi de Curitiba », 26 minutes, Benoît Théau et Alain Darrigrand, 1999.
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