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Article central de la Lettre n° 1UNE
REVOLUTION CULTURELLE
DANS LES ASSOCIATIONS
Plus
que jamais les associations de citoyens deviennent des acteurs de la vie locale,
nationale et internationale. Leur rôle est multiple : soulager des détresses
certes, mais aussi favoriser le débat public, accompagner les mutations
sociales, exercer des pressions et, surtout, constituer une force de proposition
pour l’émergence d’un monde plus humain. La
mise en place des conseils de développement illustre bien le rôle que peuvent
avoir les associations dans le débat public. Les élus, les représentants de
l’Etat, les agents territoriaux ont besoin de recueillir les points de vue des
populations en amont des projets afin de répondre au mieux aux attentes et aux
besoins qui se font jour. Ces démarches, que l’on pourrait qualifier de plus
«participatives», permettent
d’engager un dialogue et de faire adhérer le plus grand nombre de personnes
concernées par tel projet. Si
les associations de citoyens ont souvent des points de vue pertinents à
exprimer sur les questions qui les touchent directement, il leur est souvent
difficile de considérer ces questions dans une perspective plus large. Or, un développement
harmonieux, un développement plus durable, exigent à la fois une vision à
long terme et une vision globale. Il est nécessaire d’appréhender les différentes
échelles de territoire avant de proposer des actions adaptées pour une zone
particulière. Les
habitants prennent la parole Les
responsables municipaux de Porto Alegre l’ont bien compris. Dans le cadre de
l’expérience du budget participatif (orçamento participativo) conduite depuis
1989, la parole a été donnée aux habitants organisés en associations. Que
l’approche soit celle d’un territoire ou celle d’un thème (culture, éducation,
santé…), les demandes des habitants sont placées en perspective avec les
priorités inhérentes à une ville de 1.350.000 habitants : amélioration
de l’habitat, des transports, des services publics, de l’éducation par
exemple. Ces priorités sont d’ailleurs élaborées par les représentants des
habitants dans le cadre du Conseil du budget participatif. La fonction de l’élu
prend alors sa véritable dimension : celle de médiateur et de
conciliateur. Ce processus participatif est, soyons-en conscients, très
conflictuel. Son succès dépend principalement de la capacité des acteurs à dégager
des consensus au bénéfice de la collectivité tout entière. Cette expérience
de budget participatif s’est largement diffusée dans l’ensemble du pays :
plus de 500 collectivités locales et territoriales ont mis en place des systèmes
similaires à celui de Porto Alegre, souvent avec quelques adaptations (par
exemple un budget participatif pour les jeunes). Dans l’Etat de Rio Grande do
Sul, qui compte 9 millions d’habitants, ce sont plus de 400.000 personnes qui
ont participé au processus lors de la troisième année de sa mise en œuvre. La
politique reprend sa véritable dimension Au
niveau local, cette expérience a le mérite de nous faire réfléchir sur l’évolution
des rapports entre élus, techniciens territoriaux et habitants. Les rôles et
les responsabilités de chaque acteur doivent être redéfinis, à la fois dans
le sens du respect des formes de démocratie représentative et dans celui
d’une prise en compte des points de vue des citoyens grâce à la mise en œuvre
de formes de démocratie participative. C’est
à ce prix que la désaffection d’une partie de la population pour la
politique disparaîtra, et que
citoyens et élus deviendront plus conscients des grands enjeux de société. De
nouvelles perspectives s’offrent aux
associations Dans
cette perspective, les associations de citoyens ont un rôle-clé à jouer, cela
dans le cadre de « plates-formes
collaboratives ».
Ces plateformes rassembleraient des associations de divers horizons, animées
par le désir de contribuer à la production d’idées sur des axes tels que
l’aménagement urbain, la solidarité locale et internationale, l’avenir des
jeunes, les formes d’éducation… La
spécialisation des associations est à la fois un inconvénient et un atout. Un
inconvénient dans la mesure où les associations ont trop tendance à se
focaliser sur des aspects particuliers sans replacer leurs revendications dans
un contexte plus large, sans rechercher des collaborations avec des acteurs qui
agissent dans des domaines similaires mais avec une approche un peu différente.
Un atout car, en raison de la diversité de ses membres et de son histoire, une
association dispose de compétences réelles ; celles-ci se révèleraient
utiles dans le cadre d’une concertation avec de nouveaux partenaires. Les
regroupements, collaborations ou réseaux d’associations, apparus
depuis une dizaine d’années sont indispensables. Cependant, ces
initiatives concernent souvent les membres d’une même « famille »
associative. L’enjeu aujourd’hui est de créer des plates-formes collaboratives
pour mettre en commun des idées, dégager des lignes d’actions prioritaires,
constituer une force de proposition, devenir des interlocuteurs à part entière
des acteurs publics et privés. Dès lors, deux questions essentielles se font
jour : le positionnement des associations et le financement de leur
fonctionnement. Il y a près de quinze ans, j’ai interpellé des dirigeants de
fédérations nationales sur la nécessité de réfléchir aux caractéristiques
du financement des associations : financement suffisant pour mener un
travail de fond, financement indépendant des tendances politiques pour
effectuer un travail sérieux dans la durée. Cependant, les modes
d’attribution des subventions (en France comme en Europe) ne facilitent pas
une telle orientation. Le maître mot est le «projet»1 ou bien encore le «programme», qui doit s’intégrer
dans des lignes d’actions prioritaires déterminées par les gouvernements ;
lignes qui évoluent au gré de critères géopolitiques2. L’insuffisance des moyens financiers
limite la capacité des associations à s’impliquer dans le débat public. Néanmoins,
les pratiques évoluent, notamment au niveau local et régional. Les conventions
passées entre associations et collectivités publiques préludent à de
nouvelles relations entre demandeurs et bailleurs de fonds. Cette question est
liée au positionnement des associations : entre opposition vive,
collaboration critique et soutien sans réserve. La dépendance financière qui
peut s’établir entre une association et des pouvoirs publics est un obstacle
à une expression citoyenne. D’autre part, une opposition vive et systématique
exacerbe souvent les tensions, et elle ne contribue pas à la recherche de
solutions durables. La « collaboration critique » permet
d’exprimer des points de vue auprès des institutions, d’interpeller les
acteurs privés, de formuler des propositions. Cette attitude nécessite de
nouveaux modes de fonctionnement : il s’agit « d’échanger »,
dans le respect des prérogatives et des libertés de chaque acteur.
L’association a une légitimité sociale, mais il est fréquent que cette légitimité
ne soit pas reconnue par les responsables économiques et politiques ; il
nous faut donc l’affirmer. L’association contribue pleinement aux mutations
de la société. Qu’adviendrait-il si les associations disparaissaient de
l’espace national et international ? Certes, les associations doivent
provoquer leur révolution culturelle pour valoriser leurs acquis, gagner en crédibilité
et surtout pour constituer une force de proposition. Les acteurs publics ont
tout intérêt à accompagner ce mouvement, s’ils souhaitent relever les défis
auquel notre monde doit faire face maintenant. 1 Les
Africains deviennent très réticents à l’emploi du terme « projet »,
qui signifie pour eux démarche imposée par le bailleur de fonds étranger.
Celui-ci, souvent, ne tient pas compte des réalités locales et ne s’appuie
pas sur les initiatives des acteurs directement concernés. 2
Ainsi,
un projet innovant conduit aux Philippines a vu son financement non reconduit au
bout des trois ans du programme en raison du recentrage des crédits
disponibles sur une zone géographique devenue prioritaire.
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