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Kerala

 

LE KERALA SUR LA VOIE D’UN DEVELOPPEMENT DURABLE  

SITUATION GEOGRAPHIE

Le Kérala est un Etat du sud de l’Inde, d’une de superficie de 38.864 km², soit 1,2 % de la surface totale du pays. C’est en fait une bande de terre de 20 à 120 km de large qui s’étend sur 590 km, du nord au sud. A l’est se trouve la chaîne des Ghats occidentaux ? où domine le mont Anamudi (2695 m), le deuxième sommet le plus haut de l’Inde après ceux de la chaîne himalayenne. Cette chaîne est difficilement franchissable. Les plaines littorales sont parcourues par de nombreux cours d’eau, marécages, lacs et vastes lagunes appelées back waters.

La disposition générale du relief du Kérala est divisée en trois unités naturelles parallèles au littoral. Chaque unité a aussi des caractéristiques particulières sur le plan écologique, économique et démographique :

-         Les lowlands ou basses terres, plaines littorales qui couvrent 10 % de la superficie de l’Etat. La densité de population y est très élevée : 1500 à 2000 habitants au km². Ces plaines sont consacrées à la culture du riz, du coprah ou de la noix d’arec. La population pratique aussi la pêche.

-         Les midlands, terres de moyenne altitude qui couvrent 40 % de la superficie de l’Etat. La densité démographique est de l’ordre de 800 habitants au km² ; la population continue de croître. Cette zone connaît un fort développement agricole : riz, légumes, bananes, épices, poivre, etc.

-         Les highlands, terres qui s’étagent entre 100 m et 200 m et qui couvrent la moitié de la superficie de l’Etat. Certaines cultures y sont pratiquées - hévéas, café, thé, cardamome -, le reste est couvert de forêts.

Avec 3000 mm de précipitation en moyenne par an, le Kérala est l’Etat le plus arrosé de l’Inde. Les températures oscillent entre 20 et 25°. Les rendements agricoles sont très élevés, les ressources halieutiques abondantes mais celles-ci se raréfient, en raison d’une surexploitation. La position géographique de cet Etat, sa topographie et son climat ont favorisé son ouverture économique et culturelle sur l’océan Indien.  

La production de riz est toujours très pratiquée.

 

L’HISTOIRE DU KERALA

Les Grecs et les Romains commencent à établir des échanges avec le Kérala à partir du IIIe siècle avant J.-C. Le commerce prend de l’importance jusqu’à la fin de l’Antiquité. En effet, le Kérala est à la fois un des principaux centres de production de l’Inde et un lieu de convergence entre le monde occidental et l’extrême orient, via le sud-est asiatique. Au début du Moyen Age, ce sont les marchands perses et arabes qui se substituent aux gréco-romains. A ce moment-là,  le Kérala est divisé entre de nombreux royaumes. Ses productions (coco, arec, épices) s’échangent contre riz, sucre, perles, pierres précieuses, cotonnades. Le commerce ainsi que la transformation des matières premières favorisent l’accroissement de la population.

Les juifs et les chrétiens s’installent au cours du 1er siècle de notre ère. La religion islamique apparaît vers le VIIIe siècle. Les Portugais débarquent sur les côtes en 1498 et installent des comptoirs. Leur prospérité attire les Hollandais au début du XVIIe, puis les Anglais. En 1664, Colbert décide de fonder une Compagnie des Indes Orientales, avec le comptoir de Mahé comme base sur la côte de Malabar. Les Anglais prennent le contrôle du Kérala à la fin du XVIIIe siècle et obtiennent le monopole du commerce des épices. Par la suite, des mouvements de révolte conduits par la population revendiquent l’indépendance, qui interviendra en 1947.

 

LA QUESTION DEMOGRAPHIQUE

Le Kérala compte 30 millions d’habitants (soit 3,4 % de la population totale du pays) ; la densité de population est de 770 habitants au km².

Le développement de fortes densités de population tient à trois facteurs : la richesse du milieu naturel, l’importance des échanges transocéaniques, la présence d’abondantes ressources en eau.

La population augmente fortement à partir du début du XXe siècle. Au milieu de ce siècle, la densité est de l’ordre de 350 habitants au km². Elle atteint 770 en 1998. C’est la région qui a connu le plus fort taux de croissance en Inde jusqu’en 1970. Ensuite la tendance s’est inversée. Actuellement la croissance de la population est maîtrisée : 1,3 % au Kérala, contre 2,3 % pour la moyenne de l’Inde. Le taux de fécondité est de 1,7 enfant par femme (moyenne indienne : 3,13).

Plusieurs raisons expliquent la maîtrise de la croissance démographique et la forte espérance de vie :

-         L’accès aux soins. Le Kérala compte quatre fois plus d’hôpitaux et deux fois plus de lits que l’ensemble de l’Inde. Il y a 1,3 médecin pour 1000 habitants contre 0,4  en moyenne nationale. Les soins de base sont accessibles à tous et gratuits.

-         Un programme de planification familiale ambitieux a été mis en place.

-         Les femmes ont la possibilité de se faire stériliser. La moitié des mères le font après le second enfant ; 75 % après le deuxième ou le troisième. Il ne s’agit pas d’une mesure coercitive mais bien du choix du couple. La stérilisation est facilement acceptée dans la mesure où les familles savent que l’avenir de leurs enfants est assuré : accès aux soins gratuits pour ces derniers, scolarisation obligatoire pour tous, besoins alimentaires couverts, absence de discrimination entre filles et garçons ainsi qu’au regard de la religion et de la caste. Cela explique qu’au Kérala il y a 1036 femmes pour 1000 hommes.

-         Enfin, la sécurité alimentaire a contribué à la maîtrise de la croissance de la population. Il existe en Inde un système de distribution de produits alimentaires de base subventionné par le gouvernement fédéral. L’Etat du Kérala s’est beaucoup appuyé sur ce système : 90 % de la population possède une carte d’accès à ces magasins subventionnés. Ainsi les habitants disposent d’une alimentation suffisante et équilibrée. Une aide alimentaire est fournie aux foyers les plus pauvres. 70 % des élèves de l’école primaire reçoivent un repas quotidien. Cela a favorisé la fréquentation de l’école.

Au Kérala, toute la population est scolarisée. Photo : B. Théau.

 

LA SITUATION ECONOMIQUE

Jusqu’en 1985 la croissance du PIB a été modérée : au Kérala, le PIB par habitant était l’un des plus faibles du pays. C’est pour cette raison que l’on a évoqué ce paradoxe kéralais : bons indicateurs de développement humain d’une part,  mauvais indicateurs économiques, d’autre part.

A partir de 1985, les taux de croissance économiques sont compris entre 5 et 7 %, soit égaux ou supérieurs à la moyenne nationale. Pour avoir une idée plus juste de la situation, il faudrait tenir compte aussi du volume des transferts effectués par les Kéralais qui travaillent dans les pays du Golfe (une famille sur quatre a au moins un membre de sa famille à l’étranger) ; cela représente entre 10 et 20 % du PIB de l’Etat. L’image, souvent véhiculée, d’un Etat en retard sur le plan économique n’est plus vraiment d’actualité. Le PIB par habitant est actuellement de 281 $.

L’économie repose sur une production agricole importante, des activités industrielles peu développées et un secteur tertiaire qui devient le principal moteur de la croissance.

La production agricole est axée principalement sur onze cultures commerciales qui sont exportées pour l’essentiel vers les autres Etats de l’Inde et les pays étrangers : épices, coprah, noix d’arec, noix de cajou, caoutchouc naturel… La pêche est un secteur très dynamique, qui procure 40 % des exportations totales de produits halieutiques de l’Inde. Les petits pêcheurs vivent dans quelque 335 villages côtiers (il y a un village de pêcheurs tous les 1,8 km en moyenne). Cette activité est confrontée à l’épuisement progressif des ressources. Les populations qui en  vivent s’appauvrissent.

L’industrie pèse 14 % du PIB. Les secteurs sont divers : agroalimentaire, textile, bois, latex, électricité, chimie. Les entrepreneurs étrangers hésitent à s’installer au Kérala en raison de la forte organisation syndicale (20 % des Indiens syndiqués sont kéralais). De plus, les salaires minimums sont élevés.

Le secteur tertiaire représente 40 %  du PIB. Il concerne en particulier les transports, les banques, le tourisme.

1,4 million de Kéralais travaillent à l’étranger, en particulier dans les pays du Golfe, sur un total de 2,8 millions pour l’ensemble du pays. Cela ne résout pas pour autant la question du chômage : 25 % de la population active n’a pas d’emploi.

 

LA SITUATION POLITIQUE

Après l’indépendance de l’Inde en 1947, des représentants du Parti Communiste font leur entrée dans les assemblées législatives des royaumes de Travancore et de Cochin. La création de l’Etat du Kérala en 1949 renforce la gauche. En avril 1957, les communistes remportent les élections législatives. Le Kérala entre alors dans une période très agitée allant jusqu’au bord de la guerre civile. L’Assemblée est dissoute par le gouvernement fédéral, et de nouvelles élections amènent le Parti du Congrès au pouvoir. A partir des années 1960, on assiste à des alternances droite-gauche, des scissions à l’intérieur des partis, des mises sous tutelle du Kérala par le gouvernement central, la création de coalitions en raison de l’apparition de nombreux petits partis. Tout cela façonne une société politisée, trop politisée diront certains. Cependant, la très forte politisation de la société kéralaise, ainsi que l’existence de deux grands blocs politiques aux coalitions changeantes, ont favorisé la mise en place de mesures en faveur du développement, que les gouvernements successifs ne pouvaient pas remettre en cause de façon radicale.

Un des grands chantiers des responsables communistes a été la réforme agraire commencée en 1957. Les loyers dus aux propriétaires terriens sont abolis, les habitants acquièrent le droit de posséder un lopin de 400 m² (de quoi construire une maison, de planter quelques cocotiers et des condiments), les surfaces d’exploitation sont plafonnées et la terre est distribuée aux paysans démunis. Après une nouvelle élection en 1959, le gouvernement kéralais est démis par le pouvoir central. La réforme agraire fera l’objet d’une nouvelle loi en 1960, puis en 1963, celle-ci un peu moins radicale. La réforme se poursuivra néanmoins sous la pression des mouvements sociaux, puis avec le retour des communistes au pouvoir en 1967.

 

LES POINTS CRITIQUES

En dépit des avancées sociales et économiques, des difficultés demeurent et certains aspects sont critiques. L’épuisement des ressources halieutiques pose la question du maintien des revenus des pêcheurs et de l’équilibre du milieu marin. La disparition progressive de la forêt primaire peut avoir des conséquences sur la biodiversité. Malgré les efforts accomplis pour gommer les inégalités sociales, des foyers de pauvreté subsistent : 15 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté ; ce sont principalement des tribaux, des pêcheurs et des travailleurs agricoles. La situation de l’emploi est préoccupante : 25 % de la population active est au chômage ; les plus concernés sont les jeunes. Enfin, le déficit budgétaire est récurrent.

 

LA CAMPAGNE POPULAIRE DE DEVELOPPEMENT

En avril 1993, la constitution indienne est modifiée. Cela permet de donner une certaine autonomie aux collectivités territoriales. Le gouvernement du Kérala en profite pour associer autonomie politique et décentralisation des décisions et des processus de développement au niveau le plus local. Les élections des conseils municipaux ont lieu pour la première fois en 1995. Un an plus tard, le gouvernement du Kérala décide de consacrer de 35 à 40 % du budget du IXe plan quinquennal à des programmes de développement élaborés par les collectivités locales. La première année, les fonds sont distribués de façon équitable entre les conseillers municipaux de chaque quartier. L’année suivante, pour éviter corruption et clientélisme, les projets doivent être conçus et discutés autant par les habitants que par les élus. Objectif : instaurer une véritable démocratie participative.

Réunion des membres d'une organisation de femmes d'un petit village, près de Cochin. Photo : B. Théau.

Dès 1997, des milliers de projets voient le jour et plus de trois millions de personnes bénéficient de la campagne populaire de développement. C’est l’expérience, à travers le monde, la plus significative du point de vue de la participation citoyenne à un processus de développement local durable.

 

Pour poursuivre la réflexion :

Ouvrage :

- Kérala, la force de l’ambition, Benoît Théau et Philippe Venier, Orcades, 176 pages, 2001.

Documentaire vidéo :

« Kérala, la force de l’ambition », 26 minutes, Benoît Théau et Christian Auxéméry, 2000.  

 

  

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Dernière modification : 25 octobre 2010.