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LE BUDGET PARTICIPATIF DE PORTO ALEGREPorto
Alegre est la capitale de Rio Grande do Sul, Etat situé au sud du Brésil. Elle
compte 1.350.000 habitants. Porto Alegre est une ville très occidentalisée,
située dans une région économiquement riche du Brésil. Porto Alegre est
devenu célèbre grâce au Forum social mondial organisé chaque année depuis
2001.
L’origine
du budget participatif A
partir de la fin des années 1970, on constate un fort développement de la vie
associative, animée notamment par des militants politiques. C’est la période
où se développe un mouvement social et politique fort. Les habitants portent
de nombreuses revendications, qui visent principalement l’amélioration des
conditions de vie dans les quartiers. Au début des années 1980, Porto Alegre
voit la création de l’Union des Associations de Quartier de Porto Alegre (UAMPA) ;
cette organisation donne plus de poids au mouvement associatif qui s’amplifie.
Celui-ci se voit conforté, dès la fin des années 1980, avec la démocratisation
de la vie politique au Brésil (sortie de la dictature). En 1988, la révision
de la constitution fédérale qui ouvre de nouveaux espaces d’expression aux
communautés locales. Centre-ville de Porto Alegre A
la fin des années 1980, le PT (Parti des Travailleurs, le Parti de Lula, élu
président du Brésil en 2002) promet, lors d’une campagne électorale
municipale, d’associer les habitants aux choix qui conditionnent l’avenir de
la ville. En 1988, l’élection d’un maire et d’un maire-adjoint d’une
coalition du PT permet la naissance du budget
participatif (en brésilien orcamento
participativo). Une première expérience est lancée avec un succès limité.
Il faudra attendre l’organisation d’un Forum
démocratique qui rassemble l’ensemble des acteurs sociaux, politiques,
syndicaux, culturels et religieux pour déterminer le découpage de la ville en
seize « secteurs », et pour élaborer les premières règles de
fonctionnement du budget participatif. Les secteurs sont des zones géographiques
qui couvrent l’ensemble de la ville de Porto Alegre et qui sont les échelles
de territoire où sont organisées les assemblées plénières auxquelles
participe tout citoyen intéressé. L’objectif
du budget participatif L’objectif
du budget participatif est double. D’une part, il s’agit de recueillir des
informations sur les besoins considérés comme prioritaires par les habitants :
l’objectif est de mettre en place les solutions les plus adaptées, en
utilisant les moyens financiers disponibles. D’autre part, les habitants se
voient confier la responsabilité de déterminer l’affectation des
investissements réalisés par la municipalité de Porto Alegre. Un suivi et un
contrôle des travaux sont effectués. Le budget participatif a été mis en
place pour la première fois en 1989. Au cours de cette première année, 780
habitants y ont participé. Le
fonctionnement du budget participatif Le
premier niveau de réflexion est animé par des associations thématiques ou
bien, le plus souvent, par des associations d’habitants. Cela suppose que les
habitants d’un quartier soient organisés en associations, ce qui est souvent
le cas, surtout dans les quartiers où vivent les gens de catégories sociales
moyennes et pauvres. Au cours des réunions les problèmes spécifiques du
quartier sont évoqués ; des personnes se manifestent pour porter les
revendications prioritaires. Le deuxième stade de participation est celui des
assemblées plénières (ainsi que des assemblées thématiques sur des
questions spécifiques), qui rassemblent, elles aussi toute personne intéressée.
De fait, ce sont souvent des représentants des associations de quartiers qui
participent à ces réunions qui se déroulent dans chacun des seize secteurs de
la ville, représentants qui portent les revendications des habitants de leur
quartier. Lors de ces assemblées plénières, des délégués du budget
participatif sont élus, à raison d’un délégué pour dix personnes présentes
aux assemblées plénières. Plus tard, ces délégués éliront les conseillers
du budget participatif, à raison de deux par secteur. Ces derniers
participeront au Conseil du budget participatif. Les assemblées thématiques désignent
aussi des conseillers (deux conseillers par assemblée).
Participants à une assemblée plénière dans l'un des seize secteurs de la ville. Photo : B. Théau.
Le
déroulement du budget participatif -
mars et avril :
assemblées de quartiers et assemblées thématiques. A l’ordre du jour :
présentation de l’état de réalisation du budget de l’année précédente,
présentation du plan d’investissement du budget en cours adopté par le
Conseil du budget participatif, présentation du règlement du budget
participatif applicable à l’élaboration du budget de l’année suivante, élection
des délégués qui constituent le Forum
des délégués. -
mars à juin :
réunion des habitants avec les délégués et les conseillers désignés
l’année précédente (définition des priorités en termes de travaux à réaliser
et de services à mettre en place), mise en forme de la proposition principale
du quartier en tenant compte de quatre priorités majeures. -
juin et juillet :
présentation par la mairie des grandes lignes du budget (recettes et dépenses),
assemblées plénières lors desquelles sont présentées les priorités issues
du débat conduit dans les quartiers, élection des Conseillers du budget
participatif et de leurs deux suppléants. -
Juillet et août :
mise en place du Conseil du budget participatif, formation des conseillers, préparation
du projet budgétaire par la mairie. -
septembre :
étude par le Conseil du budget participatif du projet budgétaire,
allers-retours avec la mairie, transmission du projet à la Chambre des élus
municipaux fin septembre. -
octobre et
novembre : débat et adoption du budget pour fin novembre, allers-retours
avec la mairie, qui consulte le Conseil du budget participatif en cas de
difficultés ou d’opposition. -
octobre à décembre :
le Conseil du budget participatif discute en détail avec la mairie
du Plan des investissements, ainsi que du règlement du budget
participatif pour l’année suivante. Si nécessaire, des ajustements sont
effectués avant de valider le nouveau règlement. Les
assemblées thématiques Les
assemblées thématiques ont été mises en place en 1994 pour plusieurs
raisons. Tout d’abord, pour aborder des thèmes qui ne sont pas spontanément
présentés par les associations de quartier. De plus, pour permettre à
certaines populations (les jeunes par exemple grâce à la culture, les
professionnels de la santé grâce au thème de la santé, les acteurs économiques,
les classes moyennes et supérieures qui participent peu) de s’impliquer dans
le processus du budget participatif. Enfin, les assemblées thématiques
permettent aussi d’avoir une vision transversale et globale sur certains thèmes
et ainsi de mener une politique plus cohérente sur l’ensemble du territoire
municipal. Il en est ainsi pour ce qui touche par exemple à la création des
voies de circulation telles que des périphériques de contournement de la
ville. Les
assemblées thématiques sont au nombre de six : circulation et transport ;
santé et assistance sociale ; éducation, sports et loisirs ; culture ;
développement économique et fiscalité ; organisation de la cité et développement
urbain. Les
priorités du budget participatif Les
propositions faites par les habitants doivent être en rapport avec une ou
plusieurs des douze thématiques retenues : aires de loisirs,
assainissement, assistance sociale, circulation et transport, culture, développement
économique, éducation, habitat, organisation de la ville, santé, sport,
voirie. Chaque
année, quatre thématiques prioritaires sont affichées. Voici celles retenues
pour les dernières années : -
1998 :
voirie, habitat, assainissement, santé -
1999 :
assainissement, voirie, habitat, éducation -
2000 :
habitat, voirie, santé, assainissement -
2001 :
voirie, habitat, assainissement, éducation En
2001, les investissements de la ville de Porto Alegre représentaient à peu près
14 % du budget total de la ville. C’est en particulier sur ces choix que les
habitants sont consultés. Cependant, le Conseil du budget participatif a aussi
comme rôle d’étudier l’ensemble du budget municipal. Il a la faculté de
critiquer certaines orientations et de faire des propositions en matière de dépenses
de fonctionnement ainsi que de fiscalité. Ces orientations sont aussi abordées
lors des rencontres avec les délégués. Les
conseillers et les délégués ont la charge d’expliquer le fonctionnement
d’une municipalité comme Porto Alegre grâce à l’approche budgétaire.
Cela pour responsabiliser les habitants concernant les conséquences de telle ou
telle décision. Par exemple, la demande pour la création d’un équipement
peut induire des charges de fonctionnement les années suivantes, lesquelles
risquent d’amenuiser les budgets d’investissement et d’empêcher ainsi la
réalisation de nouveaux projets.
La
question de l’approche participative Le
budget participatif favorise la participation des acteurs de la cité au bénéfice
d’un développement plus durable. Il comporte des aspects positifs pour les
trois principaux groupes concernés : -
pour les élus :
le budget participatif permet de découvrir les souhaits et les besoins des
habitants ; -
pour les
techniciens : il favorise le recueil d’informations auprès des citoyens ; -
pour les
citoyens : il permet de découvrir le fonctionnement de la collectivité
ainsi que les contraintes qui lui sont propres. Le
budget participatif offre un espace de dialogue pour les acteurs en présence.
Il permet de dépasser les conflits pour engager des négociations et déboucher
sur des compromis. Pour Tarso Genro, l’ancien maire de Porto Alegre, il est
important d’arriver à gérer au mieux les conflits : « Le processus de budget participatif engendre des conflits acceptés
et régulés. On considère que les conflits sont nécessaires mais que néanmoins
des règles claires doivent être édictées pour gérer au mieux ces conflits
et déboucher sur des décisions consensuelles ».
Visite de techniciens de la municipalité dans une favela de Porto Alegre à la suite du témoignage du président de l'association des habitants lors d'une assemblée plénière. Photo : B. Théau.
Les
instances du budget participatif Le
Forum des délégués du budget participatif est composé de l’ensemble des délégués
élus lors des assemblées plénières. Le Conseil du budget participatif est
composé de 48 conseillers : -
32 représentants
des 16 secteurs, à raison de deux personnes par secteur ; -
12 représentants
des 6 assemblées thématiques, à raison de deux personnes par assemblée ; -
1 représentant
des syndicats des employés communaux ; -
1 représentant
de l’Union des associations de quartier de Porto Alegre ; -
2 représentants
de la municipalité (qui n’ont pas le droit de vote). Un
règlement précise les règles de fonctionnement du budget participatif ;
il est discuté et éventuellement modifié chaque année. Intérêts
du budget participatif Le
budget participatif incite à la mobilisation et à la responsabilisation des
citoyens. Il permet une plus grande transparence dans la gestion des budgets
municipaux et un contrôle dans l’application des décisions. Cela est
particulièrement important dans un pays comme le Brésil qui connaît
corruption et détournements en tous genres. D’ailleurs le règlement du
budget participatif a prévu tout dérapage afin que les conseillers ne puissent
profiter, à des fins personnelles, de leur position. Ainsi, ces derniers sont révocables
à tout instant par le Forum des délégués.
De plus, ils ne sont élus que pour un mandat maximum de deux ans. Tarso Genro
insiste beaucoup sur les précautions à prendre : « le risque est de voir les leaders communautaires reproduire les
mêmes comportements que les responsables politiques traditionnels, c’est-à-dire
qu’ils font jouer leurs relations à des fins de promotion personnelle, pour
avoir une certaine influence sur le plan politique ». Ce
sont majoritairement les personnes les plus défavorisées qui se mobilisent,
participent au processus et donc bénéficient des investissements et des
services mis en place dans leurs quartiers. Le budget participatif contribue de
fait à améliorer les conditions de vie des populations les plus précaires.
Pour Tarso Genro « le budget
participatif est pour le Brésil un moyen de redistribution des revenus. Cette
redistribution se fait en matière d’investissements et de partenaires publics
et privés ». Le
budget participatif se révèle être un outil pertinent pour exercer la démocratie
participative. Les
difficultés rencontrées Les
difficultés sont diverses. En ce qui concerne la participation, on constate une
faible mobilisation des classes moyennes et supérieures ainsi que des jeunes,
à l’exception toutefois des assemblées thématiques (sur le thème de la
culture par exemple). De plus, la présence de 20.700 personnes (chiffre pour
l’année 2001) aux assemblées plénières peut sembler faible. Tarso Genro
n’est pas de cet avis : « les
partis politiques de droite disent que peu de gens participent. C’est à mes
yeux, une critique tout à fait inacceptable. Une enquête menée en 1997 montre
que 70 % des habitants ont une opinion favorable du budget participatif, 8 %
sont contre et les autres personnes y sont indifférents ». Ce qui est
plus manifeste, c’est la démobilisation des habitants qui ont vu leurs
revendications satisfaites. Cependant, cela permet à des habitants d’autres
quartiers d’entrer dans le processus et d’obtenir des aménagements pour
leurs quartiers. La difficulté de faire vivre, dans le long terme, le processus
de dialogue est néanmoins réelle. Le
succès du budget participatif repose en partie sur une bonne collaboration
entre élus, citoyens et techniciens de la municipalité. Les perceptions
d’une même réalité sont parfois diverses et le choix des solutions les plus
pertinentes à mettre en œuvre est source de conflits. Enfin,
il est normal de s’interroger sur la pérennisation du processus en cas de
changement politique. Pour Tarso Genro « les
partis d’opposition sont hostiles au processus du budget participatif. Ils ont
un point de vue tranché et considèrent que c’est une façon de manipuler la
population ». Le transfert d’un certain pouvoir aux citoyens
n’est-il pas irréversible ? Pour poursuivre la réflexion : Sites
Internet : Documentaire vidéo : « Porto
Alegre : affirmer sa citoyenneté », 26 minutes, Benoît Théau et
Christian Auxéméry, 2001.
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